Antoine-Jean Gros, Alexandre et Bucéphale © RMN-Grand Palais musee du Louvre, photo Michel Urtado.

Antoine-Jean Gros (1771-1835) – Dessins du Louvre

Connu comme le peintre de l’épopée napoléonienne, Antoine-Jean Gros, l’un des plus célèbres élèves du peintre Jacques-Louis David (1748-1825), est à juste titre considéré comme un précurseur du romantisme. Davantage encore que ses peintures, ses dessins témoignent assez rapidement d’un progressif éloignement de l’enseignement classique de son maître, jusqu’à la rupture définitive avec l’esthétique néoclassique et l’affirmation d’un style annonçant cette nouvelle tendance artistique.

Conçue pour accompagner la publication de l’Inventaire général des dessins d’Antoine-Jean Gros (1771-1835) au Louvre, cette présentation d’une quarantaine d’oeuvres du musée, complétée par plusieurs tableaux prêtés par le département des Peintures du Louvre et le musée Delacroix, permet de parcourir la carrière du peintre, depuis sa formation jusqu’à sa pleine maturité artistique, et de montrer ses qualités de dessinateur, peu connues du public.

Le fonds de dessins d’Antoine-Jean Gros du musée du Louvre est le plus important au monde et compte 438 dessins rassemblés au sein de quatre carnets – dont le dernier a été acquis en novembre 2018 – et dix-sept feuilles libres, parmi lesquelles le fougueux Alexandre et Bucéphale, offert en 2017 par la Société des Amis du Louvre. Dans les représentations dessinées les plus dramatiques, la facture libre et impétueuse des tracés à la plume et des larges couches de lavis relève ces qualités fortes et originales de l’art de Gros qui poussèrent Delacroix à isoler l’artiste au sein de l’école davidienne et à le placer à la tête de la nouvelle école de peinture.

L’exposition suit le parcours de Gros, de l’époque de sa formation dans l’atelier de David de 1785 à 1793, où il côtoie les autres futurs grands peintres de sa génération comme Girodet et Gérard, à son long séjour en Italie (1793-1800), marqué par un travail quotidien d’après l’antique et les maîtres mais aussi par de grandes difficultés jusqu’à sa rencontre avec Bonaparte à Milan, fin 1796. Comme on le sait, cette rencontre représenta un événement capital dans la vie de l’artiste, car elle fut à l’origine de la commande du célèbre Portrait du général Bonaparte à Arcole – dont l’esquisse peinte sera présentée en regard d’un portrait de profil dessiné, et qui inaugura son heureuse carrière de peintre.

Le retour en France constitue la troisième partie du parcours : plusieurs dessins rappellent son statut de maître absolu des mises en scène des succès militaires de Bonaparte, que Gros acquit une fois rentré en France. En témoignent les célèbres tableaux de batailles napoléoniennes qu’il peignit pendant toute la première décennie du siècle (certaines visibles aile Denon, 1er étage, salle Mollien). L’exemple que ces peintures représentèrent aux yeux des artistes de la première génération romantique est illustré par plusieurs oeuvres de Géricault, en filiation directe avec celles de Gros.

L’exposition se conclue par des exemples ponctuels du rappel à l’ordre que Gros imposa à sa peinture après la chute du Premier Empire et la restauration de la monarchie des Bourbons. Ces feuilles annoncent, paradoxalement, l’apogée de sa carrière sous les règnes de Louis XVIII puis de Charles X quand, artiste affirmé, très apprécié par la monarchie, il se vit couronné de tous les honneurs et, finalement, en 1824, du titre de baron.