Manuscrit : Isaac Newton, manuscrit autographe sur la nature de Dieu. © Bonhams. Gravure : Sir Isaac Newton par John Goldar, 1729.

Un manuscrit d’Isaac Newton sur la nature de Dieu bientôt aux enchères

Le 6 mars, un rare manuscrit de Sir Isaac Newton présentant ses théories sur l’existence de Dieu sera mis en vente par Bonhams à New York.

Rédigé en 1710, le manuscrit explore les croyances religieuses personnelles de Newton et ses tentatives pour les concilier avec sa compréhension scientifique de l’Univers.

D’après Ian Ehling, expert en livres rares et manuscrits chez Bonhams, « il [s’agirait] du plus important manuscrit de Newton sur la théologie à être proposé aux enchères au cours des 50 dernières années – un exemple spectaculaire de l’esprit énergique de Newton opérant à plein régime ».

« Au commencement était la Parole… »

Bien qu’il ait gardé secrètes ses croyances religieuses par crainte d’être traité en hérétique, Isaac Newton a écrit de nombreux articles théologiques.

Pour Newton, les mondes apparemment opposés de la science et de la religion formaient une vue unique de l’univers que l’on peut qualifier de « théophysique », une tentative d’unifier les domaines de la physique et de la théologie.

Godfrey Kneller, Portrait d’Isaac Newton (1642-1727), 1689.

Ainsi, il croyait à la fois à l’existence de Dieu en tant que créateur unique et à l’idée que l’univers pouvait être compris par une enquête scientifique rationnelle.

Pour illustrer ces propos, nous pouvons citer le physicien qui écrit que « la gravité peut mettre les planètes en mouvement, mais sans le pouvoir divin, elle ne pourrait jamais les mettre dans un tel mouvement de circulation, comme elles l’ont fait pour le soleil ».

Un manuscrit unique

Le contenu du manuscrit proposé par Bonhams est en tout point exceptionnel. À travers l’Évangile de Jean, Newton contemple la Parole divine au cœur de la création, se questionnant à la fois sur sa préexistence et sur son incarnation, en faisant des parallèles mystiques avec la Kabbale et d’autres sources religieuses primitives.

Newton considérait ses études théologiques comme « un devoir du plus grand moment », et ce manuscrit extraordinaire révèle un Newton consciencieux, explorant un texte fondamental de la pensée chrétienne, l’Évangile de Jean, cherchant à déterminer la nature du Christ et de Dieu.

Isaac Newton, manuscrit autographe sur la nature de Dieu. © Bonhams
Isaac Newton, manuscrit autographe sur la nature de Dieu. © Bonhams

En conciliant érudition et philosophie, il analyse les origines du Christ d’après les premières sectes chrétiennes en se basant sur le Panarion d’Épiphane de Salamine et cherche à les relier aux doctrines kabbalistiques des Sephirot et de l’Adam Kadmon.

De cette manière, le physicien affirme, dans le paragraphe de conclusion, que « cet état de l’Église primitive nous explique le vrai sens du début de l’Évangile de Jean ».

Ce manuscrit est très significatif, car il aide à expliquer les idées religieuses qui sous-tendent certainement le travail scientifique le plus important de l’histoire humaine. Il offre ainsi un témoignage direct de Newton sur le texte du Nouveau Testament le plus central de sa théorie théophysique de la création, Jean 1:1-5, tout en faisant écho à la Genèse 1:1-5 (« Que la lumière soit… »).

Vers un nouveau record ?

Newton est considéré comme l’un des scientifiques les plus influents de l’histoire, dont l’œuvre parue en 1687 Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica a jeté les bases de la physique moderne. En 2016, une édition originale de cet ouvrage a été vendue chez Christie’s pour 3,7 millions de dollars, ce qui en fait le livre scientifique imprimé le plus précieux au monde.

Isaac Newton, Philosophiae naturalis principia mathematica, Edmond Halley, 1687. Edition originale adjugée 3 719 500 dollars le 14 décembre 2016. © Christie’s.

Il est aussi intéressant de comparer ce manuscrit avec les croyances religieuses d’un autre célèbre scientifique, Albert Einstein. En 2018, une rare lettre autographe dans laquelle le physicien met en doute l’existence de Dieu a été adjugée chez Christie’s à New York pour une somme frôlant les 3 millions de dollars.

Dans cette lettre au philosophe Eric Gutkind, il déclarait : « Le mot Dieu n’est pour moi que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible est un recueil de légendes vénérables mais encore assez primitives. »1

Estimé entre 100 000 et 150 000 dollars, le manuscrit de Newton sera présenté lors de la vente Livres Rares et Manuscrits, le 6 mars chez Bonhams à New York.

« Avec presque tous les manuscrits importants de Newton conservés par les institutions, cet examen direct de Dieu doit être considéré comme l’un des plus grands manuscrits de Newton en mains privées. », précise Ian Ehling. Peut-on s’attendre à un nouveau record ?

Notes

J. M. Sultan
J. M. Sultan
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