Une paire de mains gantées de blanc manipule un document ancien aux Archives nationales du Royaume-Uni. © The National Archives (UK).

Comment conserver les documents anciens ?

Bien conserver ses documents est une étape essentielle à la préservation d’une collection. Une bonne conservation empêchera le papier de se déchirer ou de se décomposer, l’encre de disparaître et les reliures de se désagréger.

Vous trouverez sur cette page un guide qui liste les menaces auxquelles votre collection est exposée ainsi que des conseils pour conserver votre collection dans les meilleures conditions.

 

Sommaire

 

Origines

La conservation des documents anciens n’a pas toujours été une priorité. En effet, jusqu’au XIXème siècle, le papier était produit à partir de fibres végétales – comme le lin ou le chanvre -. Le papier était donc coûteux – les archives et même l’écriture en général étaient réservés aux classes supérieures de la société – mais résistant.

Vers 1850, le besoin en papier augmente et l’on commence à produire du papier avec de la pulpe ou de la pâte de cellulose qui est un résidu fibreux du bois. Pour traiter et blanchir cette pâte, on a recours à des acides chlorés dont la présence va réagir à la lumière, la température et l’humidité. Avec le temps et ces différents facteurs qui s’accumulent souvent, le papier va alors jaunir et se dégrader, des moisissures vont se former tandis que les bactéries et les insectes s’occuperont de le ronger.

 

Facteurs determinants

La lumière

La lumière, naturelle ou superficielle, est l’un des plus grands ennemis du papier. Elle le jaunit et fait disparaître graduellement l’encre. Le rayonnement ultraviolet étant le plus dangereux, c’est surtout la lumière naturelle et les lampes fluorescentes qu’il convient de bannir.

Il est donc important d’éviter autant que possible l’encadrement des lettres autographes et dessins à moins de respecter certaines conditions indispensables :

  • Placer une vitre anti-UV ;
  • Insérer un passe-partout pour éviter le contact de la vitre et du document ;
  • Ne surtout pas encoller le document.

Certains collectionneurs ajoutent même un rideau sur le cadre afin de le protéger davantage.

Conseils

  • Stocker les documents à l’ombre, de préférence dans des boîtes d’archive.
  • Ne jamais laisser un document visible face à une fenêtre ou une lampe.
  • Éviter d’encadrer un document.

 

Température et humidité

L’humidité est un autre ennemi à prendre en compte. Elle cause des moisissures qui se développent au fil des années et provoquent des dégâts irréversibles. De plus, les variations de température altèrent le papier et peuvent le rendre cassant, ce qui entraîne ensuite des froissures et des déchirures.

Il est essentiel de limiter ces variations et de placer les documents dans une pièce où la température est comprise entre 16ºC et 22ºC et l’humidité relative est entre 40% et 60%. Les moisissures se développent en général lorsque la température est supérieure à 25ºC et l’humidité relative est supérieure à 65%.

À titre de comparaison, les réserves des bibliothèques dans lesquelles sont entreposés les archives et livres anciens sont habituellement maintenues à une température de 18ºC et à 40% d’humidité relative.

Conseils

  • Veiller à respecter des conditions de température et d’humidité optimales.
  • Vérifier la présence de moisissures sur les documents et, le cas échéant, placer les documents infestés en quarantaine.

 

Les poussières

La poussière peut, elle aussi, provoquer des dégradations sur les documents. Elle favorise l’apparition des moisissures, provoque des taches sur le papier et peut également attirer les insectes.

Conseils

  • Nettoyer et dépoussiérer régulièrement la salle de stockage ainsi que l’extérieur et l’intérieur des boîtes d’archive.

 

Les insectes

La poussière et l’humidité sont les premiers en cause à attirer les insectes. Ces derniers endommagent le papier et les reliures en creusant des sillons et se manifestent souvent par de petits trous qui traversent le papier.

Conseils

  • Nettoyer et dépoussiérer régulièrement la salle de stockage.
  • Ne pas introduire de nourriture ou de plantes dans la salle de stockage.
  • Vérifier souvent les étagères et les boîtes d’archive afin de contrôler l’état de la collection.

 

L’acidification

L’acidification est un processus chimique qui entraîne le jaunissement du papier et entraîne une perte de souplesse. Dans des cas plus extrêmes, elle ronge le papier de manière irréversible.

À noter que d’autres conditions telles que la température ou l’humidité peuvent accélérer ou ralentir ce processus.

Pour l’éviter ou du moins le limiter, la grande majorité des professionnels et des collectionneurs conservent les dessins et lettres autographes dans des chemises en papier à pH neutre qui sont ensuite stockées dans des boîtes d’archive. Il est aussi envisageable de conserver les documents dans des pochettes plastiques transparentes en polypropylène mais il est impératif que celles-ci ne contiennent pas de plastifiant acide.

Conseils

  • Conserver les documents dans des chemises en papier à pH neutre ou pochettes plastiques sans plastifiant acide.
  • Stocker les documents dans des boîtes d’archive.

 

L’encre

Malheureusement, l’encre peut elle aussi dégrader les documents anciens. Les encres ferro-galliques – les plus utilisées en Europe entre les XIIe et XIXe siècles – causent des dommages visuels (solubilisation, apparitions de cristaux en surface des tracés) mais aussi structuraux (perte de résistance du support, pertes de matière). Ces dégradations sont liées à sa composition qui la rend acide et riche en ions métalliques libres.

Des traitements curatifs destinés à stabiliser la corrosion du papier par l’encre ferro-gallique ont été développés. Cependant, malgré leur efficacité, ils ne sont encore utilisés que de manière marginale.

Conseils

  • Respecter les principes de conservation pour ralentir au maximum les processus de dégradation.

 

Les (mauvaises) restaurations

Si une restauration est nécessaire, il est important de faire appel à un professionnel et de ne surtout pas tenter une restauration avec du ruban adhésif qui endommagera davantage le document. Une petite déchirure est souvent préférable à un papier consolidé avec de l’adhésif.

Pour maintenir des documents, il est important de ne pas utiliser d’épingles ou de trombones en fer qui laisseront une trace de rouille avec les années. Les attaches en plastique ou en acier inoxydable sont à préférer.

Conseils

  • Faire appel à un professionnel si une restauration est nécessaire.

 

Manipulation et conservation

Manipulation des documents

Aujourd’hui, le port de gants en coton n’est plus un accessoire indispensable pour manipuler un document et certaines bibliothèques ne les imposent même plus. En effet, en décembre 2005, deux spécialistes en conservation de l’Université de l’Utah, Cathleen A. Baker et Randy Silverman, ont publié dans la revue International Preservation News un article très documenté sur le port des gants. Ils assurent que ces derniers emmagasinent les saletés et rendent la manipulation des documents maladroites, ce qui augmenterai la probabilité d’endommager les documents. De plus, les substances organiques secrétées par la peau des mains seraient trop limitées pour entraîner une dégradation chimique du papier. Ainsi, les auteurs conseillent de bien se laver les mais ou, mieux, de les désinfecter.

À noter que le port de gants en coton est vivement recommandé pour la manipulation des photographies anciennes.

Il est également important de manipuler les documents sur une table de travail propre et d’éloigner tout source potentielle de dégradation (liquide, nourriture…).

 

Sécurité

En plus de leur valeur patrimoniale, les documents sont rares et ont généralement un prix élevé. Il est donc primordial de stocker sa collection à l’abri de tout danger potentiel (chauffage, canalisations…) et de l’assurer dans les cas de sinistres (incendie, dégâts des eaux), vols ou vandalismes.

 

Numérisation

Pour la numérisation des manuscrits, ces derniers ne doivent pas être posés à plat car cela endommagerait la reliure. Il est ainsi préférable de poser le manuscrit sur un support et d’utiliser un appareil photo, de préférence sans flash.

 

En cas de sinistre

En cas de sinitre, les rares documents récupérables sont souvent ceux ayant subis un dégât des eaux.

Dans le cas d’une lettre ou d’un dessin, il est recommandé de placer le document entre des papiers buvards blancs. Cela devrait éviter l’apparition de moisissures. Si les documents sont reliés, il est possible d’utiliser un séchoir électrique ou une soufflerie d’air chaud (à condition de ne pas trop approcher les pages) afin de sécher les volumes. S’ils ont été totalement immergés, il est plutôt conseillé de les congeler et de les faire sécher ultérieurement.

 

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