Lettre de Vincent van Gogh à Albert Aurier, Saint-Rémy-de-Provence, 1890, Van Gogh Museum, Amsterdam.

Une lettre de Vincent Van Gogh au critique qui a reconnu son génie exposée à Amsterdam

Lors de la dernière salve de ventes Aristophil, une rare lettre de Vincent Van Gogh a attiré la convoitise du musée Van Gogh d’Amsterdam.

Cette importante lettre autographe, exposée pour la première fois, est adressée par Van Gogh au poète et critique d’art Albert Aurier quelques mois avant la mort de l’artiste à l’âge de 37 ans, alors qu’il était interné, à sa demande, dans un petit asile de Saint-Rémy-de-Provence, où il a peint certaines de ses œuvres les plus vives et les plus célèbres.

En extase devant l’une des premières critiques de ses peintures, Van Gogh décrit celle-ci comme « une œuvre d’art en soi » sur deux pages d’une écriture serrée. Il remercie Albert Aurier de son article qui l’a beaucoup surpris. « Je l’aime beaucoup comme œuvre d’art en soi, je trouve que vous faites de la couleur avec vos paroles ; enfin dans votre article je retrouve mes toiles mais meilleures qu’elles ne le sont en réalité, plus riches, plus significatives ».

Toutefois, l’artiste se sent mal à l’aise. « […] plutôt qu’à moi ce que vous dites reviendrait à d’autres. – Par exemple à Monticelli surtout » ; et il invite Aurier à aller voir chez son frère Théo « certain bouquet de Monticelli – bouquet en blanc, bleu myosotys (sic) & orangé […] à ce que je sache, il n’y a pas de coloriste venant aussi droit et directement de Delacroix ; et pourtant est-il probable, à mon avis, que Monticelli ne tenait que de seconde main les théories de la couleur de Delacroix ; notamment il les tenait de Diaz et de Ziem ».

Lettre de Vincent van Gogh à Albert Aurier, Saint-Rémy-de-Provence, 1890, Van Gogh Museum, Amsterdam.

Achetée en 2007 par la société Aristophil, dont les avoirs sont mis aux enchères depuis 20151, cette lettre peut désormais rejoindre les collections du célèbre musée grâce à un don couvrant la totalité du prix de vente de 107 900 € du magnat de Hong Kong, Cheung Chung-kiu, et de son épouse, Cecilia.

Cette lettre est précieuse pour de nombreuses raisons. Fleur Roos Rosa de Carvalho, conservatrice des estampes et des dessins du musée, a confié au Guardian :

C’était en haut de notre liste car c’est une lettre tellement importante. La plupart des lettres de notre liste de souhaits ont des croquis. Celui-ci n’en a pas, mais le contenu est si émouvant et riche que nous avons pensé que nous devrions poursuivre. […] [Van Gogh était] très heureux d’avoir cette critique et écrit à son frère Theo, au même moment, que c’est comme obtenir une médaille d’or au Salon s’il était un artiste plus traditionaliste. Il a demandé à son frère de partager la critique avec tous ses amis et collègues artistiques.

Toujours selon la conservatrice, l’essence de la lettre de Van Gogh, écrite moins de deux ans après s’être coupé l’oreille à la suite d’une dispute passionnée avec son collègue Paul Gauguin, est que Van Gogh ne se sent pas digne de cet éloge. Il a l’impression que c’est trop d’attention pour lui individuellement et qu’il doit beaucoup à d’autres peintres tels que Gauguin et à des artistes aujourd’hui plus obscurs tels que Adolphe Monticelli.

La lettre2 se termine par un post-scriptum dans lequel l’artiste promet à Aurier qu’il lui enverra un tableau, en le prévenant qu’il faudra au moins un an pour le sécher, apparemment en raison de l’épaisseur de la peinture.

Cependant, ce bel éloge ne suffira pas à apaiser l’artiste qui se suicidera moins d’un an plus tard, le 27 juillet 1890, d’un coup de revolver dans la poitrine.

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J. M. Sultan
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